Synthèse des Interrogations Citoyennes par Voix Plurielles
Introduction : L’Expression Démocratique à l’Ère Numérique
Depuis la fermeture des dossiers de candidature pour les élections présidentielles au Cameroun, Voix -Plurielles a mené une analyse approfondie des préoccupations citoyennes exprimées à travers différents canaux de communication. Cette démarche d’écoute démocratique s’est déployée sur plusieurs fronts :
Méthodologie d’Analyse :
- Forums de discussion : Espaces de débat en ligne et plateformes communautaires
- Réseaux sociaux : Facebook, Twitter/X, TikTok, WhatsApp, Telegram
- Publications citoyennes : Blogs, articles d’opinion, tribunes libres
- Consultations diaspora : Rencontres virtuelles avec les communautés camerounaises à l’étranger
- Sondages participatifs : Questionnaires ouverts sur les priorités nationales
Périmètre de l’Étude :
- Plus de 10 000 contributions analysées
- 25 plateformes numériques consultées
- 8 pays de la diaspora représentés
- 3 langues d’expression (français, anglais, langues nationales)
Constat Central : Au-delà de la cacophonie apparente des débats politiques, une remarquable convergence émerge dans les questions que se posent les Camerounais, qu’ils soient de l’intérieur ou de l’extérieur, francophones ou anglophones, jeunes ou moins jeunes. Ces interrogations révèlent une maturité citoyenne qui transcende les divisions traditionnelles et exige des réponses concrètes plutôt que des promesses électorales creuses.
Résultat : Un Cahier de Charges Démocratique
Cette synthèse présente donc les questions essentielles formulées par la société camerounaise elle-même. Elle constitue un véritable cahier de charges démocratique que tout candidat sérieux – qu’il soit d’opposition ou président sortant – devrait considérer comme un mandat impératif. Car la démocratie commence par le droit des citoyens à obtenir des réponses claires aux questions qu’ils se posent légitimement.
I. LES 10 QUESTIONS FONDAMENTALES AUX CANDIDATS DE L’OPPOSITION
1. La Question de l’Authenticité
« Pouvez-vous prouver votre indépendance réelle vis-à-vis du pouvoir en place ? »
- Quels sont vos liens financiers passés et présents avec le régime Biya ?
- Avez-vous bénéficié de marchés publics ou de faveurs du régime ?
- Vos proches collaborateurs ont-ils des intérêts économiques liés au pouvoir actuel ?
- Accepteriez-vous un audit public transparent de vos finances ?
Pourquoi cette question : Face aux soupçons d’opposition « fabriquée », la transparence financière est le premier test de crédibilité.
2. La Question de l’Union Post-Électorale
« Que ferez-vous si vous donner une chance a l’alternance? »
- Soutiendrez-vous un candidat consensuel opposition ?
- Accepteriez-vous de retirer votre candidature si un autre opposant a plus de chances ?
- Comment comptez-vous transcender les divisions ethniques et régionales ?
- Quel rôle proposez-vous aux autres forces d’opposition dans votre gouvernement ?
Pourquoi cette question : L’union de l’opposition après le scrutin est cruciale pour éviter la fragmentation traditionnelle.
3. La Question des Réformes Institutionnelles
« Comment comptez-vous démanteler le système qui vous a permis de candidater ? »
- Réformerez-vous la Commission Électorale (ELECAM) pour la rendre vraiment indépendante ?
- Instaurerez-vous un scrutin à deux tours pour les prochaines élections ?
- Comment limitez-vous les mandats présidentiels à l’avenir ?
- Quelle indépendance donnerez-vous à la justice ?
Pourquoi cette question : Un vrai démocrate doit vouloir changer le système qui favorise l’autocratie.
4. La Question de la Réconciliation Nationale
« Comment guérirez-vous les blessures historiques du Cameroun ? »
- Créerez-vous une Commission Vérité et Réconciliation ?
- Comment traiterez-vous l’héritage des violences contre les Bamiléké ?
- Quelle justice pour les victimes des répressions passées ?
- Comment comptez-vous lutter contre Bamiphobia et autres discriminations ethniques ?
Pourquoi cette question : La réconciliation nationale est impossible sans reconnaissance des traumatismes historiques.
5. La Question de la Crise Anglophone
« Quelle solution durable proposez-vous pour les régions du Nord-Ouest et Sud-Ouest ? »
- Soutenez-vous le fédéralisme, la décentralisation renforcée ou le statu quo ?
- Comment traitez-vous la question des forces séparatistes ?
- Quelle réparation pour les victimes du conflit anglophone ?
- Comment rétablir la confiance entre l’État et ces communautés ?
Pourquoi cette question : La crise anglophone est le test immédiat de la capacité à gouverner un Cameroun apaisé.
6. La Question Économique
« Comment libérez-vous l’économie camerounaise de la prédation ? »
- Comment lutterez-vous contre la corruption systémique ?
- Quelle place pour les entrepreneurs privés face aux monopoles d’État ?
- Comment redistribuer équitablement les ressources nationales ?
- Quel plan pour la diversification économique au-delà du pétrole ?
Pourquoi cette question : L’économie camerounaise stagne à cause de la mauvaise gouvernance et de la corruption.
7. La Question Générationnelle
« Comment donnez-vous sa chance à la jeunesse camerounaise ? »
- Quel âge limite pour les postes de responsabilité publique ?
- Comment créer des emplois pour les millions de jeunes diplômés ?
- Quelle politique d’éducation et de formation professionnelle ?
- Comment encourager l’entrepreneuriat des jeunes ?
Pourquoi cette question : 70% de la population a moins de 35 ans, mais le pouvoir reste gérontocratique.
8. La Question de la Diaspora
« Quel rôle pour les 5 millions de Camerounais de l’extérieur ? »
- Accorderez-vous le droit de vote aux Camerounais de la diaspora ?
- Comment faciliter leurs investissements au pays ?
- Quelle protection consulaire pour nos compatriotes à l’étranger ?
- Comment tirer parti de leurs compétences pour le développement national ?
Pourquoi cette question : La diaspora représente une force économique et intellectuelle sous-exploitée.
9. La Question de la Transparence
« Comment rendrez-vous compte de votre gestion au peuple ? »
- Publierez-vous vos déclarations de patrimoine régulièrement ?
- Accepterez-vous des débats contradictoires avec l’opposition ?
- Comment garantir la liberté de la presse et de la société civile ?
- Quels mécanismes de contrôle citoyen de l’action publique ?
Pourquoi cette question : La transparence est la base de la démocratie et de la bonne gouvernance.
10. La Question de l’Engagement
« Pourquoi ne pas avoir uni l’opposition avant cette élection ? »
- Qu’avez-vous fait concrètement pour unir l’opposition ?
- Pourquoi votre candidature est-elle plus légitime que celle des autres ?
- Accepteriez-vous un gouvernement de transition avec d’autres opposants ?
- Comment éviter les mêmes erreurs à l’avenir ?
Pourquoi cette question : L’incapacité à s’unir maintenant compromet la crédibilité future de l’opposition.
II. LES QUESTIONS CRUCIALES À PAUL BIYA
1. La Question de l’Âge et de la Capacité
« À 93 ans, êtes-vous encore capable physiquement et mentalement d’exercer la fonction présidentielle ? »
Exigences légitimes :
- Publication d’un certificat médical détaillé par un collège de médecins indépendants
- Explication de vos absences prolongées du territoire national
- Garanties sur votre capacité à exercer un mandat de 7 ans supplémentaires
- Plan de succession en cas d’incapacité
2. La Question de la Légitimité Historique
« Après 43 ans au pouvoir, pourquoi demander 7 ans de plus ? »
Justifications nécessaires :
- Bilan concret de vos 43 années de règne
- Ce que vous n’avez pas pu accomplir en 4 décennies
- Pourquoi un autre ne pourrait pas mieux faire
- Votre vision du Cameroun en 2032
3. La Question de la Succession
« Quel plan de succession pour éviter le chaos ? »
Clarifications indispensables :
- Qui vous succédera en cas d’incapacité ?
- Comment préparez-vous la transition post-Biya ?
- Accepterez-vous de perdre et de transmettre le pouvoir ?
- Quelle protection pour vos proches après votre départ ?
4. La Question du Bilan Sécuritaire
« Comment expliquez-vous l’explosion de l’insécurité sous votre règne ? »
Comptes à rendre sur :
- La crise anglophone et ses milliers de morts
- L’insécurité dans le Grand Nord (Boko Haram)
- Les violences inter-communautaires récurrentes
- L’échec de l’armée camerounaise sur tous les fronts
5. La Question de la Corruption
« Pourquoi le Cameroun est-il toujours classé parmi les pays les plus corrompus ? »
Explications requises :
- Votre patrimoine personnel et celui de votre famille
- Les fortunes inexpliquées de vos proches collaborateurs
- L’échec de vos promesses de lutte contre la corruption
- Les détournements massifs dans les secteurs stratégiques
6. La Question Économique
« Pourquoi le Cameroun stagne-t-il économiquement malgré ses ressources ? »
Justifications nécessaires :
- La dépendance excessive aux matières premières
- L’échec de l’industrialisation promise depuis 40 ans
- Le chômage massif des jeunes
- La pauvreté persistante malgré les ressources pétrolières
7. La Question de l’Unité Nationale
« Comment expliquez-vous la montée des tensions ethniques et régionales ? »
Responsabilités à assumer :
- Votre rôle dans l’instrumentalisation des divisions
- Les discriminations systémiques contre certaines communautés
- L’échec de la construction d’une nation unie
- Bamiphobia et autres phobies ethniques sous votre règne
8. La Question Démocratique
« Pourquoi maintenir un système électoral qui empêche l’alternance ? »
Justifications démocratiques :
- Le refus du scrutin à deux tours
- La composition partisane de la commission électorale
- Les modifications constantes du code électoral
- L’utilisation de l’administration pour faire campagne
9. La Question de la Jeunesse
« Quel avenir offrez-vous aux jeunes Camerounais ? »
Promesses concrètes :
- Plan chiffré de création d’emplois
- Réforme de l’éducation et de la formation
- Soutien à l’entrepreneuriat des jeunes
- Préparation de votre succession par de nouvelles générations
10. La Question de la Campagne
« Pourquoi être en Suisse alors que la campagne s’ouvre ? »
Respect dû aux électeurs :
- Explication de votre absence du territoire
- Engagement à faire campagne comme les autres candidats
- Débats publics avec vos adversaires
- Respect de l’égalité des chances dans la compétition électorale
Conclusion : Le Droit de Savoir
Ces questions ne sont pas des provocations mais l’exercice légitime du droit démocratique des citoyens à connaître ceux qui prétendent les gouverner. L’absence de réponses sera elle-même une réponse : elle révélera qui mérite vraiment la confiance du peuple camerounais.
Car un peuple qui ne pose pas les bonnes questions mérite les mauvaises réponses qu’on lui impose.


