Démocratie est un pays fascinant.
Un cas d’étude.
Une anomalie qui fait trembler les statisticiens,
pleurer les sociologues,
et rire jaune les dictateurs du monde entier.
Dans ce pays, les fonctionnaires proches du “gâteau national”
ne sont pas simplement riches.
Non.
Ils sont milliardaires en série.
Ils accumulent les domaines, les châteaux, les immeubles, voitures de luxe
comme d’autres collectionnent des timbres.
Ils fêtent leurs nouveaux milliards
comme on célèbre un baptême :
buffets gargantuesques, whisky et champagnes hors de prix,
et rires gras qui résonnent au-dessus des rues poussiéreuses
où le peuple, lui, compte ses pièces.
Parce que oui, dans Démocratie,
on peut être milliardaire
sans avoir inventé un logiciel,
sans avoir construit une entreprise,
sans avoir écrit un livre,
sans avoir créé quoi que ce soit d’utile.
Il suffit de se rapprocher du feu,
du gâteau,
du coffre,
ou de quelques signatures magiques.
Le génie national, ici,
c’est l’art de transformer un salaire public
en fortune privée.
Évidemment, Démocratie est endettée jusqu’au cou,
jusqu’aux narines,
jusqu’aux yeux,
auprès des institutions financières internationales.
Le pays emprunte pour fonctionner,
mais certains poches n’empruntent rien du tout :
ils avalent.
Et pendant que le navire coule,
le cartel, lui, hisse les voiles
et siphonne le trésor national avec le sourire.
Car Démocratie a découvert une formule politique révolutionnaire :
diviser pour piller.
Elle a monté ses communautés les unes contre les autres
comme on lance deux coqs dans une arène.
Certaines communautés sont des “favoris coupables”,
toujours montrées du doigt,
toujours accusées,
toujours sacrifiables.
D’autres sont instrumentalisées,
gavées de privilèges temporaires
pour mieux servir de boucliers humains
lorsque l’incendie se rapproche du pouvoir.
Et les enfants du pays ?
Ils se battent entre eux,
inutilement, brutalement, stupidement,
pendant que le cartel se sert,
tranquille, imperturbable, satisfait.
Les plus brillants parmi eux ?
En exil.
Ceux qui ont eu la chance d’avoir des passeports,
des visas,
ou un instinct de survie.
Les autres, les courageux restés sur place ?
En prison, pour les plus chanceux.
Les moins chanceux sont déjà à quatre pieds sous terre,
enterrés dans le silence
que Démocratie appelle pudiquement
“mesures d’ordre public”.
Mais ce qui fascine le monde entier,
ce qui intrigue même les géologues,
c’est le phénomène des dirigeants fossilisés.
Dans Démocratie,
les octogénaires et nonagénaires
envoient leurs enfants à la retraite
et continuent de régner,
increvables, indéboulonnables,
comme des statues vivantes
fabriquées en acier inoxydable et en mensonge pur.
Les jeunes, eux,
se battent entre jeunes,
se poignardent pour des miettes,
pour des illusions,
pour protéger le trône de vieillards
qui ont vu passer huit générations
sans jamais céder leur chaise.
Dans ce pays,
la jeunesse se bat pour empêcher les jeunes
de remplacer ceux qui devraient être au musée.
On jure fidélité à des grand-pères politiques
comme si la nation n’était qu’un club privé
réservé aux anciens combattants du privilège.
Démocratie est une curiosité planétaire.
Un pays où le futur est enterré,
où le présent est en fuite,
et où le passé refuse de mourir.
Un pays où les morts votent,
où les vivants suffoquent,
où les milliardaires pleurnichent,
et où les pauvres applaudissent.
Démocratie est un pays magique :
les coffres sont vides,
mais les poches débordent ;
les routes sont cassées,
mais les villas brillent ;
la dette explose,
mais les fortunes privées prospèrent.
Et pourtant…
on continue d’appeler cela
une République.
Mə̂fò Nyàpgùŋ



