Voix Plurielles – Analyse politique | Juillet 2025
Le 12 juillet 2025, l’ambassade des États-Unis à Yaoundé publiait une déclaration saluant l’annonce officielle de la date de l’élection présidentielle au Cameroun, fixée au 12 octobre. Dans un ton diplomatique, les États-Unis insistent sur l’importance d’élections « libres, transparentes, pacifiques et inclusives », tout en appelant les acteurs politiques à respecter l’état de droit et les libertés fondamentales.
Mais comment interpréter un tel message dans le contexte camerounais actuel, à la lumière des relations historiques entre Washington et Yaoundé, et des soupçons persistants sur la sincérité du processus électoral ?
Un langage diplomatique chargé de sous-entendus
À première vue, la déclaration de l’ambassade semble classique, voire encourageante. Pourtant, plusieurs éléments méritent d’être décodés:
- Le rappel répété à la transparence, à l’inclusivité et aux libertés fondamentales sonne comme une mise en garde implicite, surtout après une présidentielle de 2018 largement contestée, suivie de répressions sanglantes.
- L’exhortation à ce que les journalistes, religieux et membres de la société civile puissent travailler sans harcèlement est tout sauf anodine : elle reflète une inquiétude réelle sur les conditions d’exercice de la démocratie dans le pays.
- Enfin, le ton très prudent et l’absence de toute référence explicite au président sortant Paul Biya ou à une alternance possible montrent que les États-Unis évitent soigneusement de froisser un régime qu’ils continuent de considérer comme un pilier sécuritaire régional.
🇺🇸 Une posture ambivalente des États-Unis
L’histoire des relations américano-camerounaises est marquée par une ambivalence constante :
- Sur le plan sécuritaire, les États-Unis ont soutenu le régime Biya dans la lutte contre Boko Haram, tout en exprimant des préoccupations sur les droits humains.
- Pendant la crise anglophone, Washington a parfois durci le ton (comme avec le retrait du Cameroun de l’AGOA en 2019), mais sans jamais rompre franchement avec Yaoundé.
- Aujourd’hui encore, alors que le pouvoir se verrouille autour d’un homme de 92 ans, les États-Unis parlent de démocratie mais s’abstiennent de dénoncer clairement les dérives autoritaires.
Pourquoi ? Parce que la stabilité régionale, la lutte contre le terrorisme et les intérêts économiques pèsent plus lourd que la question de l’alternance démocratique.
Un peuple qui ne doit pas se fier aux puissances étrangères
Cette déclaration, aussi bienveillante soit-elle, nous rappelle une vérité amère :
Aucune puissance étrangère ne viendra sauver la démocratie camerounaise.
Ce sont les citoyennes et citoyens eux-mêmes qui doivent s’emparer du processus, en :
- Comprenant leurs droits électoraux
- S’inscrivant et en vérifiant leur présence sur les listes électorales
- Refusant la vente de leur voix
- S’organisant en observateurs citoyens
- Documentant les irrégularités
- Soutenant les voix libres : journalistes, leaders communautaires, acteurs de la société civile
Appel à la vigilance citoyenne
Le 12 octobre 2025 ne doit pas être une répétition tragique de 2018. Le peuple camerounais doit se préparer, s’éduquer et se mobiliser. Cette lettre de l’ambassade des États-Unis ne peut être qu’un catalyseur, pas une solution.
Nous devons bâtir notre propre vigilance démocratique.
Quelques questions pour prolonger la réflexion
- Que signifie réellement une élection libre dans un pays où l’opposition est muselée ?
- Comment concilier sécurité nationale et pluralisme politique ?
- Pourquoi les puissances étrangères parlent-elles de démocratie tout en soutenant des régimes autoritaires ?
- Quels rôles les diasporas peuvent-elles jouer pour exiger la transparence électorale ?

