Par Dr. Adelaide Madiesse Nguela — Mə̂fò Nyàpgùŋ
À l’approche d’un nouveau cycle électoral, un décret présidentiel nommant un prêtre au sein du conseil électoral soulève une question essentielle : comment garantir la transparence quand l’exécutif choisit les gardiens du scrutin ?
Un nouveau décret présidentiel a récemment désigné un prêtre catholique comme membre du Conseil électoral du Cameroun (ELECAM).
Un homme d’Église, assurément. Mais nommé par le Président de la République, également président national du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), au pouvoir depuis près de quatre décennies.
Derrière cette nomination symbolique se cache une question fondamentale :
peut-on espérer transparence, équité et justice électorale quand l’arbitre est choisi par l’un des joueurs ?
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Une architecture institutionnelle biaisée
En théorie, le Conseil électoral est censé incarner la neutralité et représenter une diversité d’opinions politiques.
En pratique, il est entièrement façonné par l’exécutif, sans consultation réelle de l’opposition ni de la société civile.
Le Président cumule les rôles : chef d’État, chef du parti majoritaire, président du Conseil supérieur de la magistrature… et désormais, principal architecte du processus électoral.
Dans ce contexte, la légitimité d’un scrutin n’est plus une évidence. Elle devient une suspicion.
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Foi et politique : un mélange à haut risque
Nommer un homme de foi à une institution politique pourrait sembler rassurant.
Mais ce n’est pas l’intégrité de l’homme qui est en cause, c’est la procédure.
Un homme d’Église nommé par le pouvoir politique — et non élu ou désigné par une instance indépendante — voit sa neutralité affaiblie aux yeux de l’opinion publique.
Et dans une démocratie, la perception de l’impartialité compte autant que la réalité.
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Une jeunesse désabusée, une opposition sous pression
Cette logique de captation des institutions nourrit un profond désengagement.
Les jeunes désertent les urnes. L’opposition s’essouffle ou se radicalise. La rue murmure.
Et pendant ce temps, le pouvoir continue d’instrumentaliser les procédures démocratiques pour pérenniser un système sans alternance.
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Ce qui doit changer
Il ne suffit plus de dénoncer. Il faut exiger une réforme structurelle :
• Que les partis d’opposition refusent de légitimer un conseil électoral qu’ils n’ont pas contribué à constituer.
• Que la société civile réclame un processus transparent et multipartite pour la nomination des membres d’ELECAM.
• Que les autorités religieuses affirment clairement leur autonomie face aux pressions politiques.
• Que les partenaires internationaux, en particulier les organisations africaines (UA, CEAC), rappellent les standards d’impartialité électorale.
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En conclusion
La démocratie ne commence pas le jour du vote. Elle commence bien plus tôt — dans la confiance que le peuple accorde aux institutions chargées d’organiser le scrutin.
Tant que le chef de l’État nommera seul les membres du Conseil électoral, les résultats sortiront peut-être des urnes, mais non du peuple. Et si cette confiance se brise, c’est le contrat social tout entier qui se fissure.

