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Reine Pokou: Celle qui fit naître un peuple

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Par Dr. Madiesse-Nguela | Voix Plurielles – Juillet 2025

Il est des femmes dont le nom traverse les siècles comme un souffle sacré.
Des femmes que l’on évoque à voix basse ou que l’on célèbre à pleins chants.
Des femmes qui sont à la fois mémoire, mythe et matrice.
La Reine Pokou, fondatrice du peuple Baoulé en Côte d’Ivoire, est de celles-là.


Une reine en exil

Au XVIIIᵉ siècle, au cœur des tensions qui secouent l’ancien royaume Ashanti (actuel Ghana), une femme s’élève : Pokou, nièce du roi Opokou Ware.
Opposée aux guerres fratricides et à la soif de conquête qui déchirent la cour, elle prend la décision radicale de quitter le royaume avec ses partisans.
Commence alors une longue marche vers l’Ouest, une errance à travers forêts, rivières et périls, à la recherche d’un lieu de paix.

Mais comme souvent dans les récits fondateurs, la liberté a un prix.


Le fleuve et le sacrifice

Un jour, Pokou et son peuple arrivent face à un fleuve en crue, infranchissable.
Ils ont fui la guerre, mais l’eau les bloque.
Les sages consultent les oracles. La réponse est glaçante : pour calmer les esprits du fleuve, il faut un sacrifice. Pas n’importe lequel.
Un enfant royal.

Alors Pokou fait l’impensable. Elle prend son propre fils.
Elle le berce. Elle le bénit. Et elle le confie aux eaux.
Le silence tombe. Puis le fleuve se calme.
Et le peuple peut traverser.

À ceux qui lui demandent ensuite où est passé l’enfant, elle répond simplement :
“Ba ou li” – “L’enfant est mort.”
Ainsi naît le nom Baoulé.


Entre légende et leçon de courage

Peu importe que le récit soit mythifié, ritualisé, transmis de bouche en bouche.
Ce qui compte, c’est ce qu’il enseigne :
Que diriger, c’est porter. Que régner, c’est renoncer. Que fonder, c’est parfois sacrifier.
Pokou incarne cette puissance féminine ancrée dans la décision, la douleur, la vision à long terme.
Elle n’a pas conquis un peuple par l’épée, mais par la traversée, par le lien, par le don.


Héritage vivant

Aujourd’hui encore, en Côte d’Ivoire, le peuple Baoulé constitue l’un des groupes culturels les plus influents.
Et le nom de Pokou résonne partout : dans les écoles, les chants, les statues, les romans.
Elle est aussi devenue un symbole féministe panafricain, à l’instar de figures comme Nzinga, Sarraounia ou Yaa Asantewaa.

La Reine Pokou rappelle que les femmes africaines n’ont pas seulement enfanté des rois — elles ont enfanté des nations.


📌 Et si nous laissions les eaux nous parler?

Le sacrifice de Pokou n’est pas seulement une tragédie.
C’est une invitation à penser la responsabilité, la maternité politique, le courage dans la tourmente.
Et si nous nous inspirions de cette reine pour reconfigurer nos propres combats ?

À toutes les femmes qui prennent des décisions difficiles pour le bien collectif,
À celles qui traversent les fleuves du doute,
À celles qui enfantent l’avenir parfois dans la douleur…

Reine Pokou vit en vous.


💬 As-tu grandi avec l’histoire de la Reine Pokou? Que t’inspire-t-elle aujourd’hui ?

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