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Au-delà de l’affaire Stéphanie Mbida : mémoire, représentation et « vivre-ensemble » à l’épreuve

Comment le choix d’une invitée à l’All Bamiléké Convention est devenu le révélateur des blessures historiques et des tensions identitaires du Cameroun

— Voix-Plurielles


Depuis quelques jours, les réseaux sociaux camerounais et ceux de la diaspora sont traversés par une controverse née autour de l’All Bamiléké Convention, prévue à Chicago au début du mois de septembre 2026. Au centre des échanges : l’annonce, largement relayée et commentée, de la participation de Stéphanie Mbida comme intervenante invitée.

À première vue, l’affaire pourrait sembler banale. Une organisation communautaire choisit ses invités, certains membres approuvent, d’autres contestent : rien d’exceptionnel. Mais au Cameroun, les questions d’identité ne sont presque jamais de simples questions d’identité. Et lorsqu’elles concernent le peuple bamiléké, elles rencontrent une histoire particulièrement lourde — celle de la colonisation, de la guerre contre l’UPC, des violences dans l’Ouest, des migrations économiques, des stéréotypes liés à la réussite commerciale, des rivalités politiques et, plus récemment, de la résurgence des discours ethniques dans l’espace public.

Voilà pourquoi cette controverse mérite mieux que les invectives qui circulent en ligne. Elle pose au moins quatre questions de fond. Qui une communauté choisit-elle pour parler devant elle ? L’inclusion signifie-t-elle que toute préférence communautaire devient suspecte de tribalisme ? Peut-on invoquer le « vivre-ensemble » sans interroger les blessures qui le rendent difficile ? Et surtout : comment bâtir une société camerounaise véritablement inclusive sans demander aux communautés de renoncer à leur mémoire, à leurs espaces et à leur droit de définir leurs propres priorités ?

Le vrai débat n’est peut-être pas Stéphanie Mbida

Une précaution s’impose d’emblée : le débat ne devrait pas se transformer en procès de Stéphanie Mbida. Les publications consacrées à son parcours la présentent comme entrepreneure, formée en finance en Amérique du Nord, passée par le secteur bancaire avant de développer plusieurs activités, notamment dans le microcrédit et le commerce électronique. Certaines lui attribuent des performances commerciales importantes.

Ces affirmations méritent, comme celles concernant tout intervenant présenté comme expert, d’être documentées lorsqu’elles servent de fondement à une invitation professionnelle. Mais demander cette vérification n’est pas une attaque personnelle. Une convention qui rassemble entrepreneurs, investisseurs, professionnels et membres d’une diaspora peut légitimement fixer des critères pour ses intervenants : expertise démontrée, expérience vérifiable, résultats mesurables, capacité pédagogique, contribution communautaire, pertinence par rapport au thème traité.

La question pertinente n’est donc pas « Stéphanie Mbida est-elle bamiléké ? », mais « pourquoi a-t-elle été choisie, pour parler de quoi, et selon quels critères ? ». Et cette question devrait être posée exactement de la même manière si l’invité était bamiléké. Préférer un intervenant au seul motif qu’il appartient à sa communauté serait une logique aussi insuffisante que l’écarter au seul motif qu’il n’y appartient pas. La compétence doit pouvoir se démontrer ; la pertinence doit pouvoir s’expliquer.

Une convention communautaire a-t-elle le droit de privilégier les siens ?

C’est ici que le débat se complique. L’All Bamiléké Convention se présente comme un grand rassemblement de la diaspora bamiléké, articulé autour du patrimoine, de l’identité, des affaires, du réseautage et d’une vision collective. Souhaiter que des entrepreneurs, chercheurs, professionnels, artistes ou leaders bamiléké y disposent d’une place importante n’a rien d’extraordinaire. Les communautés irlandaises, juives, indiennes, arméniennes, latino-américaines, africaines ou caribéennes organisent partout des rencontres destinées à valoriser leurs patrimoines, leurs réseaux économiques et leurs talents.

La célébration d’une identité n’est pas automatiquement le rejet des autres. Il faut donc distinguer affirmation identitaire et hostilité identitaire. Une communauté peut vouloir transmettre son histoire, développer ses réseaux, promouvoir ses entrepreneurs, enseigner sa langue et ses traditions, et réfléchir collectivement à son avenir sans considérer les autres comme inférieurs. L’ouverture devient même plus féconde lorsqu’elle part d’une identité assumée plutôt que d’une identité sommée de s’effacer.

L’argument inverse mérite pourtant d’être entendu. Une convention bamiléké n’est pas tenue de devenir un espace ethniquement fermé : inviter une personnalité non bamiléké peut favoriser les échanges, construire des alliances et inscrire la communauté dans un environnement national et international plus large. Les deux principes ne sont pas incompatibles. Valoriser les siens et s’ouvrir aux autres peuvent coexister. La véritable question est celle de l’équilibre.

Le mot qui fâche : « tribalisme »

C’est probablement ici que la controverse prend une dimension profondément camerounaise. À ceux qui questionnent le choix de l’invitée, certains répondent par des accusations de tribalisme, de repli identitaire ou de division. Or le mot est devenu si chargé dans le débat national qu’il finit parfois par empêcher la discussion plutôt que de la clarifier.

Le tribalisme existe au Cameroun ; le nier serait irresponsable. Depuis l’élection présidentielle contestée de 2018, l’International Crisis Group a documenté la manière dont la rivalité entre le camp de Paul Biya et celui de Maurice Kamto a pris une tournure ethnique, opposant en ligne comme hors ligne un « camp » bamiléké à un « camp » beti/bulu, avec des contenus incendiaires amplifiés par les réseaux sociaux [1]. Les autorités elles-mêmes ont reconnu le danger : la Commission nationale pour la promotion du bilinguisme et du multiculturalisme, créée en 2017, mène des campagnes contre les discours de haine et la xénophobie.

Mais dénoncer le tribalisme exige de la cohérence. Une communauté qui réclame que son histoire soit enseignée n’est pas tribaliste. Une communauté qui demande que ses entrepreneurs soient valorisés ne l’est pas davantage. Une communauté qui interroge les critères de sélection d’un intervenant dans sa propre convention ne devrait pas être automatiquement soupçonnée de haine ethnique. Le tribalisme commence lorsque l’appartenance devient un critère de supériorité, d’infériorisation, de discrimination ou d’exclusion systématique. Cette distinction est essentielle.

Le « vivre-ensemble » : idéal national ou formule devenue suspecte ?

Le second terme omniprésent dans cette controverse est celui du vivre-ensemble. Sur le principe, qui pourrait s’y opposer ? Le Cameroun compte une extraordinaire diversité de peuples, de langues et de trajectoires — plus de 250 groupes ethniques, dont aucun ne domine à l’échelle nationale[^1]. Aucun projet national viable ne peut se bâtir sur l’exclusion durable d’une partie de cette diversité.

Une part du malaise actuel vient toutefois du sentiment que l’expression est parfois brandie comme une injonction plutôt que comme un contrat. On demande aux citoyens de vivre ensemble ; mais vivre ensemble suppose aussi de se reconnaître mutuellement, d’entendre les blessures des uns, de condamner les discours hostiles avec la même vigueur quelle que soit la communauté visée, et de percevoir comme équitable l’accès aux institutions, aux opportunités économiques et à la compétition politique. Le vivre-ensemble ne peut donc pas se réduire à : « Ne parlez pas de ce qui vous est arrivé, cela pourrait diviser. » Un vivre-ensemble durable devrait plutôt permettre de dire : « Parlons de ce qui nous a divisés, afin que cela ne nous divise plus. »

Pour comprendre la sensibilité bamiléké, il faut revenir à l’histoire

La mémoire collective bamiléké ne commence ni avec les réseaux sociaux, ni avec les controverses contemporaines. Elle porte la trace des bouleversements de la période coloniale et postcoloniale — et cette histoire est aujourd’hui documentée à un niveau inédit.

L’Union des populations du Cameroun (UPC), créée en 1948, revendiquait l’indépendance et la réunification du pays. Après les affrontements de mai 1955, elle fut interdite par les autorités françaises en juillet de la même année, et la lutte bascula dans la clandestinité [2]. Le mouvement nationaliste dépassait largement une seule communauté — son principal dirigeant, Ruben Um Nyobè, était bassa — mais l’Ouest bamiléké devint l’un des principaux théâtres de la confrontation.

En janvier 2025, la Commission mixte franco-camerounaise, co-présidée par l’historienne Karine Ramondy et l’artiste Blick Bassy, a remis aux présidents Emmanuel Macron et Paul Biya un rapport de près de 1 000 pages, fondé sur des archives déclassifiées, des témoignages et des enquêtes de terrain [3]. Le document établit qu’une véritable guerre — et non une simple opération de « maintien de l’ordre » — a été menée, faisant « des dizaines de milliers de victimes » dans le sud et l’ouest du pays entre 1956 et 1961, avec tortures, déplacements forcés et « politique contrainte de regroupement » des civils dans des camps qui perdurèrent après l’indépendance [3]. En juillet 2025, dans une lettre rendue publique en août, Emmanuel Macron a reconnu officiellement, pour la première fois, l’existence de cette guerre et la responsabilité française dans la mort de plusieurs dirigeants indépendantistes [4].

Cette histoire compte. Non pour construire une identité éternelle de victime, mais parce qu’une société qui refuse de comprendre les traumatismes transmis d’une génération à l’autre finit souvent par en retrouver la trace dans des conflits qui paraissent, en apparence, nouveaux.

De la mémoire coloniale aux tensions politiques contemporaines

Le Cameroun indépendant n’a pas échappé à la politisation des appartenances. Au fil des décennies, des représentations contradictoires se sont construites autour des Bamiléké : travailleurs, commerçants, « envahisseurs », entrepreneurs, « dominateurs économiques », opposants politiques. Certaines valorisent, d’autres stigmatisent ; toutes deviennent dangereuses lorsqu’elles réduisent des millions d’individus à une personnalité collective supposée.

Après la présidentielle de 2018 — à l’issue de laquelle Maurice Kamto, arrivé deuxième avec 14,23 % des voix, avait contesté les résultats[5] —, les tensions entre partisans de Paul Biya et de Maurice Kamto ont pris une coloration ethnique préoccupante, opposant notamment Bamiléké et groupes beti/bulu[1]. Le phénomène était assez visible pour dépasser les simples querelles de réseaux sociaux. C’est dans ce contexte que certains Bamiléké interprètent aujourd’hui avec méfiance les accusations de tribalisme dirigées contre eux.

Maurice Kamto et la question de l’exclusion politique

La trajectoire récente de Maurice Kamto nourrit cette perception — à condition de rester précis. On ne peut affirmer comme un fait établi que tout candidat sérieux d’origine bamiléké serait systématiquement empêché d’accéder au pouvoir. En revanche, un fait est incontestable : Maurice Kamto n’a pas pu concourir à l’élection présidentielle de 2025. Le 26 juillet 2025, ELECAM a écarté sa candidature, investie sous la bannière du Manidem, pour « pluralité d’investitures » du parti ; le 5 août, le Conseil constitutionnel a confirmé cette décision en rejetant son recours, sans appel possible[6].

Cette exclusion a alimenté une importante controverse. Paul Biya a finalement été proclamé vainqueur du scrutin du 12 octobre 2025 avec 53,66 % des suffrages, devant l’ancien ministre Issa Tchiroma Bakary, crédité de 35,19 %, qui a revendiqué la victoire et dénoncé une « mascarade »[7]. L’après-élection a été marqué par des manifestations et une répression : le gouvernement a reconnu 16 morts, tandis que des organisations de défense des droits humains ont avancé des bilans de 30 à 55 civils tués[8].

Dans un tel environnement, il est compréhensible que certains citoyens relient les débats communautaires aux questions de représentation politique. Mais compréhension ne vaut pas démonstration. Le travail intellectuel consiste précisément à distinguer ce que l’histoire établit, ce que les institutions ont effectivement décidé, et ce que les communautés perçoivent.

Sangmélima : une mémoire contemporaine qui ne peut être balayée

Les adversaires de l’invocation facile du « vivre-ensemble » rappellent aussi les violences de Sangmélima. En octobre 2019, après la découverte du corps d’un jeune conducteur de moto-taxi, des émeutes éclatèrent dans la ville : des commerces appartenant à des populations considérées comme « allogènes », principalement bamoun et bamiléké, furent attaqués, pillés ou détruits, poussant plusieurs familles à fuir[^9]. Les sources divergent sur le décompte exact des victimes et sur les circonstances de l’escalade, mais elles établissent clairement la réalité de violences communautaires et de destructions de commerces — un scénario qui s’est d’ailleurs répété dans la région entre 2018 et 2024[9].

Cet épisode importe parce qu’il illustre le danger de transformer un acte individuel en responsabilité collective. Lorsqu’un individu est soupçonné d’un crime, sa communauté entière ne saurait en devenir comptable. C’est précisément ce que devrait signifier le vivre-ensemble.

Et les propos d’Elimbi Lobè ?

Les déclarations publiques attribuées à Abel Elimbi Lobè sur les Bamiléké, l’UPC ou Ernest Ouandié — dirigeant de l’UPC exécuté publiquement à Bafoussam en 1971 — ont, elles aussi, suscité de vives controverses. Mais elles posent une question plus large que celle d’un seul homme : le Cameroun applique-t-il les mêmes exigences à tous les discours identitaires ?

La lutte contre la haine ethnique n’est crédible que si elle est universelle. Un discours stigmatisant les Bamiléké doit être condamné selon les mêmes principes qu’un discours stigmatisant les Beti, les Bulu, les Sawa, les Bamoun, les anglophones, les peuples du Nord ou toute autre communauté. Le combat contre le tribalisme perd sa légitimité dès qu’il devient sélectif.

Une question aux détracteurs

La mémoire historique, aussi légitime soit-elle, ne doit pas se muer en frontière infranchissable. Si l’on estime qu’une personne non bamiléké ne peut être invitée à une convention bamiléké parce qu’elle ne s’est pas suffisamment exprimée sur les souffrances de cette communauté, jusqu’où pousser ce principe ? Demandera-t-on à chaque entrepreneur, universitaire, artiste ou partenaire potentiel de présenter au préalable son bilan politique sur la question bamiléké ?

Une telle logique transformerait la mémoire en test d’appartenance. Ce serait une erreur. Les alliés ne naissent pas toujours avec la connaissance de notre histoire ; parfois, ils la découvrent parce qu’une porte leur a été ouverte. L’inclusion ne doit donc pas être rejetée : elle doit être réciproque, lucide et respectueuse de la mémoire.

Une question aux organisateurs

Les organisateurs d’espaces communautaires portent eux aussi une responsabilité. Lorsqu’une communauté dispose d’entrepreneurs, d’universitaires, d’investisseurs et de professionnels compétents, créer des espaces pour mettre leur expertise en valeur relève des fonctions légitimes d’une convention — c’est du développement de capital social, pas nécessairement du tribalisme. Une convention bamiléké peut parfaitement accueillir des experts venus d’ailleurs tout en veillant à ce que les compétences présentes en son sein ne deviennent pas invisibles dans leur propre espace. L’ouverture ne devrait pas conduire à l’effacement.

La question des qualifications appelle une réponse simple : la transparence

Une grande partie de la polémique pourrait être désamorcée par davantage de transparence. Pour chaque intervenant, pourquoi ne pas publier son domaine d’expertise, son parcours professionnel vérifiable, le thème précis de son intervention, les raisons de sa sélection et la valeur ajoutée attendue pour les participants ? On passerait immédiatement de « Pourquoi elle ? » à « Voici pourquoi elle. » Et si plusieurs entrepreneurs bamiléké possèdent une expertise comparable ou supérieure, rien n’empêche d’organiser des panels où différentes expériences dialoguent. L’excellence n’a pas besoin de l’exclusion.

Stéphanie Mbida n’est finalement qu’un miroir

C’est peut-être là la véritable signification de cette controverse. Stéphanie Mbida n’en est probablement pas le vrai sujet. Elle est devenue, volontairement ou non, le miroir où se reflètent plusieurs questions que le Cameroun n’a jamais réellement résolues : la mémoire de la violence coloniale, la place du peuple bamiléké dans le récit national, les stéréotypes économiques, la compétition politique, la montée des discours identitaires, la définition du tribalisme et l’ambiguïté du « vivre-ensemble ».

Ce serait donc une erreur d’en faire un bouc émissaire. Ce serait aussi une erreur de réduire toutes les interrogations exprimées par des Bamiléké à du tribalisme. Entre ces deux positions existe un espace bien plus fécond : celui de la discussion exigeante.

Le vivre-ensemble ne signifie pas disparaître ensemble

Le Cameroun a besoin du vivre-ensemble. Mais pas d’un vivre-ensemble de façade, qui demanderait aux uns de célébrer la diversité tout en taisant leur histoire. Pas davantage d’un vivre-ensemble où chaque communauté se replierait derrière ses blessures en tenant les autres pour des adversaires permanents.

Le défi consiste à bâtir une nation où l’on puisse être profondément Bamiléké, Bassa, Beti, Bulu, Bamoun, Sawa, Peul, Tikar, Maka, anglophone — ou membre de toute autre composante du pays — tout en étant pleinement camerounais. L’identité nationale ne devrait pas exiger l’amnésie des identités particulières ; elle devrait être capable de les accueillir. Le véritable vivre-ensemble commence peut-être précisément là : lorsque je n’ai pas besoin de diminuer votre histoire pour appartenir à la même nation que vous.

De la polémique à l’opportunité

L’All Bamiléké Convention a peut-être devant elle une occasion remarquable. Plutôt que de laisser cette controverse se consumer sur Facebook, WhatsApp et TikTok, pourquoi ne pas en faire un objet de réflexion ? Pourquoi ne pas organiser un panel sur le thème : « Identité, ouverture et puissance économique : quel rôle pour les organisations communautaires africaines de la diaspora ? » Autour de la même table pourraient se retrouver entrepreneurs, historiens, jeunes de la diaspora, leaders traditionnels, femmes d’affaires et représentants d’autres communautés camerounaises.

Car une communauté forte n’est pas celle qui redoute la discussion : c’est celle qui sait assez qui elle est pour rencontrer l’autre sans disparaître. Et une nation forte n’est pas celle qui répète indéfiniment qu’elle vit ensemble : c’est celle qui crée les conditions permettant à ses citoyens de le ressentir.

La question qui restera, après la polémique autour de Stéphanie Mbida, ne devrait donc pas être seulement : fallait-il l’inviter ou non ? Elle devrait être plus ambitieuse : quel Cameroun voulons-nous construire, où chaque communauté puisse préserver sa mémoire, développer ses talents, dénoncer les injustices qu’elle subit, accueillir les autres et participer à une destinée commune — sans être sommée de choisir entre identité et citoyenneté ?

C’est à cette question que le « vivre-ensemble » devra, un jour, apporter une réponse.

— Voix-Plurielles


Notes et sources

[1]: Sur la tournure ethnique des tensions depuis 2018 et l’opposition « bamiléké » / « beti-bulu » amplifiée en ligne, ainsi que sur la diversité des quelque 250 groupes ethniques du pays : International Crisis Group, Apaiser les tensions ethno-politiques au Cameroun, en ligne et hors ligne (rapport Afrique n°295, 2021) — crisisgroup.org/fr/africa/cameroon/295 ; et Cameroon’s Ethno-Political Tensions and Facebook Are a Deadly Mix (2022). Voir aussi Observatoire Pharos, Cameroun : le péril de la fracture identitaire (mai 2020).

[2]: Création de l’UPC en 1948, affrontements de mai 1955 et interdiction du parti par les autorités françaises en juillet 1955, passage à la clandestinité ; Ruben Um Nyobè, dirigeant d’origine bassa. Synthèse dans le rapport de la Commission mixte franco-camerounaise (voir note 3) et Franceinfo, Un rapport sur la colonisation française au Cameroun pointe des « violences extrêmes » entre 1945 et 1971 (31 janvier 2025).

[3]: Commission mixte franco-camerounaise pluridisciplinaire, Le rôle et l’engagement de la France dans la lutte contre les mouvements indépendantistes et d’opposition au Cameroun de 1945 à 1971, sous la direction de Karine Ramondy (co-présidence avec Blick Bassy), rapport de près de 1 000 pages remis à Emmanuel Macron le 21 janvier et à Paul Biya le 28 janvier 2025 ; texte intégral en accès libre sur Vie Publique (vie-publique.fr/rapport/297054) et publié aux éditions Hermann. Voir Élysée, communiqué du 29 janvier 2025 ; France Diplomatie, Travaux de la Commission mixte franco-camerounaise (5 février 2025) ; Jeune Afrique, Ce que contient le rapport remis à Paul Biya et Emmanuel Macron (29 janvier 2025).

[4] : Lettre d’Emmanuel Macron à Paul Biya signée le 30 juillet 2025 et rendue publique en août 2025, reconnaissant qu’une « guerre » a eu lieu au Cameroun et la responsabilité française dans la mort de dirigeants indépendantistes (Ruben Um Nyobè, Paul Momo, Isaac Nyobè Pandjock, Jérémie Ndéléné). Reuters, France acknowledges role in Cameroon’s struggle for independence (août 2025) ; Associated Press, Macron admits France’s repressive violence in Cameroon’s war for independence.

[5]: Résultat de Maurice Kamto à la présidentielle de 2018 (deuxième, 14,23 %) et contestation des résultats. Voir par ex. allAfrica, Cameroun : L’inoxydable Maurice Kamto (mai 2023).

[6]: Rejet de la candidature de Maurice Kamto (investi par le Manidem) par ELECAM le 26 juillet 2025 pour « pluralité d’investitures », confirmé par le Conseil constitutionnel le 5 août 2025, sans recours possible. Jeune Afrique, La candidature de Maurice Kamto définitivement rejetée (5 août 2025) ; Journal du Cameroun, Maurice Kamto perd devant le Conseil constitutionnel (5 août 2025) ; Human Rights Watch, Cameroun : le principal candidat de l’opposition exclu de l’élection présidentielle (30 juillet 2025).

[7]: Scrutin du 12 octobre 2025 ; résultats proclamés par le Conseil constitutionnel le 27 octobre 2025 : Paul Biya 53,66 %, Issa Tchiroma Bakary 35,19 % (suivis de Cabral Libii 3,41 % et Bello Bouba Maïgari 2,45 %). Tchiroma revendique la victoire et dénonce une « mascarade ». France 24 (27 octobre 2025) ; Jeune Afrique, Le Conseil constitutionnel proclame la victoire de Paul Biya (27 octobre 2025).

[8]: Bilan des violences post-électorales : 16 morts reconnus par le gouvernement, 30 à 55 civils selon des organisations de défense des droits humains. Assemblée nationale française, question écrite n°11573 (2025) ; International Crisis Group, Désamorcer une crise électorale dangereuse au Cameroun (octobre 2025).

[9]: Émeutes de Sangmélima (9-10 octobre 2019) après la découverte du corps d’un jeune conducteur de moto-taxi : commerces de populations « allogènes » (bamoun et bamiléké) pillés et détruits, départs de familles ; violences récurrentes dans la région entre 2018 et 2024. Observatoire Pharos, Cameroun : le péril de la fracture identitaire (2020) ; Sputnik Afrique, L’assassinat d’un jeune dans le sud du Cameroun se transforme en crise identitaire (17 octobre 2019) ; Journal du Cameroun, Après les émeutes, Sangmélima toujours sur le fil du rasoir.

Note de la rédaction : les éléments biographiques concernant Stéphanie Mbida cités ici proviennent de publications communautaires non indépendamment vérifiées ; l’article recommande précisément leur documentation. Les propos attribués à des personnes citées doivent être considérés comme allégués tant qu’ils ne sont pas établis par des sources primaires.

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